Quand un salarié démissionne, la plupart des entreprises ne voient que le coût du recrutement. C’est la partie émergée. Le vrai coût du turnover se cache dans le poste qui reste vide, l’équipe qui compense et les mois nécessaires au remplaçant pour être autonome. Voici comment le calculer, poste par poste, avec un exemple chiffré.
- Remplacer un salarié coûte entre la moitié et deux fois son salaire annuel, selon Gallup.
- Le coût d’un départ se décompose en 5 postes : recrutement, poste vacant, montée en compétence, intégration, gestion du départ.
- Avec des hypothèses prudentes, un départ coûte 13 673 € pour un salarié payé 35 000 € brut par an, soit 4,7 mois de salaire.
- Pour une PME de 120 salariés qui compte 12 départs par an, la facture atteint 164 075 € par an.
- Plus de la moitié des salariés qui démissionnent estiment que leur départ aurait pu être évité, d’après Gallup.
Qu’est-ce que le coût du turnover ?
Le coût du turnover est l’ensemble des dépenses et des pertes de productivité qu’une entreprise subit lorsqu’un salarié quitte son poste et doit être remplacé. Il comprend le recrutement du remplaçant, le travail non réalisé pendant la vacance du poste, la productivité réduite pendant la montée en compétence, l’intégration et la gestion administrative du départ.
Ce coût est rarement suivi, car il est éclaté entre plusieurs budgets : une partie dans les frais de recrutement, une partie dans la masse salariale, et une grande partie n’apparaît nulle part, puisqu’il s’agit de temps perdu. C’est pour cela qu’il est presque toujours sous-estimé.
Taux de turnover et coût du turnover : la différence
Les deux notions sont souvent confondues. Elles se complètent.
Le taux de turnover (ou taux de rotation du personnel) mesure la fréquence à laquelle les salariés sont renouvelés dans une entreprise sur une période donnée, généralement un an. Le coût du turnover traduit ce renouvellement en euros.
La formule la plus utilisée en France pour le taux de turnover est la suivante :
Exemple : 12 départs, 14 arrivées, 120 salariés au 1er janvier. Taux = (12 + 14) ÷ 2 ÷ 120 × 100 = 10,8 %
Le taux dit si vous avez un problème. Le coût dit combien ce problème vous coûte. C’est le second chiffre qui fait bouger une direction.
Les 5 composantes du coût d’un départ
1. Le coût de recrutement
Rédaction et diffusion des annonces, tri des candidatures, entretiens, temps passé par les RH et les managers. Si l’entreprise passe par un cabinet, les honoraires représentent le plus souvent entre 16 et 22 % du salaire annuel brut du poste.
2. Le coût de la vacance du poste
Tant que le poste est vide, une partie du travail n’est pas faite. L’autre partie retombe sur les collègues, qui s’épuisent et deviennent à leur tour plus exposés au départ. C’est souvent le poste le plus lourd, et le moins visible.
3. Le coût de la montée en compétence
Un nouvel arrivant ne produit pas à 100 % dès le premier jour. Il apprend le poste, les outils, les clients et les équipes. Pendant plusieurs mois, l’entreprise paie un salaire complet pour une productivité partielle.
4. Le coût d’intégration et de formation
Temps du tuteur ou du manager consacré à former la recrue, formations éventuelles, matériel et accès à préparer.
5. Le coût de gestion du départ
Administratif de sortie, solde de tout compte, passation, récupération du matériel et des accès. Un poste modeste, mais systématique.
La formule pour calculer le coût du turnover
Toutes les pertes liées au temps se calculent à partir du coût employeur mensuel, c’est-à-dire le salaire brut augmenté des charges patronales. Pour rester prudent, on retient un coefficient de 1,45.
Poste vacant = 50 % du coût employeur mensuel × nombre de mois de vacance. Montée en compétence = 50 % du coût employeur mensuel × nombre de mois avant autonomie.
Le taux de 50 % est volontairement bas : on considère que la moitié seulement de la valeur du poste est perdue pendant la vacance, et que la recrue produit à mi-régime pendant sa montée en compétence. Dans la réalité, ces pertes sont souvent supérieures.
Exemple chiffré : une PME de 120 salariés
Prenons une entreprise de 120 salariés, qui enregistre 12 départs sur l’année, soit un taux de départ de 10 %. Le salaire brut annuel moyen des postes concernés est de 35 000 €. Il faut 2 mois pour remplacer quelqu’un et 3 mois pour que le remplaçant soit autonome.
Coût employeur mensuel : 35 000 × 1,45 ÷ 12 = 4 229 €.
| Composante | Calcul | Coût |
|---|---|---|
| Recrutement | Forfait estimé en interne | 1 600 € |
| Poste vacant | 50 % × 4 229 € × 2 mois | 4 229 € |
| Montée en compétence | 50 % × 4 229 € × 3 mois | 6 344 € |
| Intégration et formation | Forfait estimé | 1 000 € |
| Gestion du départ | Forfait estimé | 500 € |
| Coût d’un départ | Soit 4,7 mois de salaire brut | 13 673 € |
| Coût annuel du turnover | 13 673 € × 12 départs | 164 075 € |
Ce résultat est même inférieur à la fourchette de Gallup, qui évalue le coût de remplacement entre 6 mois et 2 ans de salaire. C’est voulu : même avec des hypothèses prudentes, la facture dépasse 160 000 € par an. Et chaque départ évité, ce sont 13 673 € qui restent dans l’entreprise.
Pourquoi le départ d’un cadre coûte plus cher
Pour un cadre ou un expert, chaque composante augmente. Le recrutement est plus long, parfois confié à un cabinet. Le poste reste vide plus longtemps, faute de candidats qualifiés. Et la montée en compétence prend davantage de temps, car il faut maîtriser des dossiers, une équipe et des clients.
Exemple : un cadre à 55 000 € brut par an, recruté via un cabinet (18 % du salaire), avec 4 mois de vacance et 6 mois avant autonomie. Coût d’un départ : 44 629 €, soit près de 10 mois de salaire brut. Sans cabinet, avec un recrutement interne estimé à 3 000 €, le coût reste de 37 729 €.
Les coûts cachés que personne ne compte
Le calcul ci-dessus ne retient que ce qui se chiffre simplement. D’autres effets pèsent pourtant lourd :
- L’effet domino : l’équipe qui absorbe la charge se fatigue, et un départ en provoque souvent d’autres.
- La perte de savoir-faire : connaissances métier, historique des dossiers, relations clients qui partent avec la personne.
- La qualité de service : délais qui s’allongent, erreurs, clients qui le remarquent.
- L’image employeur : un turnover élevé se voit sur les avis en ligne et complique les recrutements suivants.
Comment réduire le coût du turnover
Selon Gallup, 52 % des salariés qui partent volontairement estiment que leur manager ou leur entreprise aurait pu faire quelque chose pour les retenir. Autrement dit, une grande partie des départs se prépare pendant des mois, avec des signaux que personne ne capte à temps.
- Écouter régulièrement, pas une fois par an. Des questionnaires courts et anonymes, envoyés souvent, remontent les tensions avant qu’elles deviennent des démissions.
- Repérer les signaux faibles. Charge de travail, manque de reconnaissance, relation au manager : ce sont souvent les mêmes causes qui reviennent.
- Transformer les résultats en actions. Une enquête sans suite démotive plus qu’aucune enquête. Chaque priorité doit déboucher sur une action suivie.
- Soigner l’intégration. Les premiers mois sont décisifs. Une recrue bien accueillie reste plus longtemps et devient autonome plus vite.
- Analyser chaque départ. Un entretien de sortie honnête permet de comprendre ce qui aurait pu être évité.
C’est précisément le rôle de BackstageRate : écouter vos équipes de façon anonyme, détecter les points de tension grâce à l’IA et les transformer en plans d’action suivis, pour agir avant les départs.
Questions fréquentes
Combien coûte le départ d’un salarié ?
Le départ d’un salarié coûte entre la moitié et deux fois son salaire annuel, selon Gallup. Avec des hypothèses prudentes, un départ représente environ 4 à 5 mois de salaire brut pour un employé, et près de 10 mois pour un cadre recruté via un cabinet.
Comment calculer le coût du turnover ?
On additionne cinq postes : le recrutement, le coût du poste vacant, la montée en compétence du remplaçant, l’intégration et la gestion du départ. On obtient le coût d’un départ, que l’on multiplie par le nombre de départs sur 12 mois pour obtenir le coût annuel du turnover.
Comment calculer le taux de turnover ?
Taux de turnover = [(départs de l’année + arrivées de l’année) ÷ 2] ÷ effectif au 1er janvier × 100. Par exemple, 12 départs et 14 arrivées pour 120 salariés donnent un taux de 10,8 %.
Quelle est la différence entre taux de turnover et coût du turnover ?
Le taux de turnover mesure la fréquence de renouvellement du personnel, en pourcentage. Le coût du turnover traduit ce renouvellement en euros, en additionnant les dépenses et les pertes de productivité liées à chaque départ.
Les départs de salariés peuvent-ils être évités ?
En grande partie. D’après Gallup, 52 % des salariés qui quittent volontairement leur entreprise estiment que leur manager ou leur organisation aurait pu faire quelque chose pour les retenir. Écouter régulièrement les équipes et agir sur les priorités détectées permet d’en éviter une partie.
Sources
Gallup, This Fixable Problem Costs U.S. Businesses $1 Trillion (2019) : coût de remplacement d’un salarié et part des départs évitables.
Talent Program, le vrai tarif d’un cabinet de recrutement : honoraires de 16 à 22 % du salaire brut annuel.
Les exemples chiffrés sont calculés avec la méthode du calculateur BackstageRate. Les hypothèses sont volontairement prudentes et modifiables.